Les 27 actes que peut réaliser un aide-soignant au quotidien

La crise sanitaire vient de nous le prouver une fois de plus, les professionnels de santé sont à la fois le pivot et le fondement de notre système de santé.Pour autant, ce lieu, comme chacun le sait, même s’il est formidable pour certains et bénéficie d’une plateforme médiatique plus importante, est souvent qualifié de grands renforts sémantiques inspirés de l’histoire religieuse de la communauté paramédicale. Eléments de un langage qui n’est plus tout à fait pertinent alors que l’on mentionne encore en 2020 la « vocation » ou « l’abnégation » de désigner les qualités premières de tout un groupe de professionnels de santé qualifiés, compétents et experts qui ont quitté, depuis très longtemps, les ordres cléricaux pour rejoindre les ordres professionnels !Malgré cette première observation sémantique amère, il est clair que cela se poursuit dans la représentation médiatique car, s’il existe des soignants mieux connus et reconnus par l’opinion publique, en particulier des infirmières et des médecins, d’autres obtiennent à peine une couverture ; ce sont les so- professions dites « de l’ombre ».Nous aurions également pu utiliser le terme « ingrat » pour qualifier. En effet, ce sont précisément les personnes dont nous parlons et, en particulier, la plus connue d’entre elles dans la communauté paramédicale : le soignant.Ainsi, malgré la bravoure quotidienne pendant la pandémie, le la qualité de leur déploiement et les efforts humains et relationnels déployés dans tous les lieux qui les accueillent, l’image des soignants souffre de profondes stigmates socio-professionnels, issus de leur création originelle, qu’ils sont incapables de faire face à défaire…Cependant, en 2020, alors que, dans le cadre du Health Segur, un accord catégorique a été conclu, notamment que la réingénierie du D.E.A.S est à l’étude et que l’on peut légitimement reconnaître le caractère essentiel de la SA dans de nombreux domaines cliniques, il y a un inévitable question pour nos organismes de soins, aide-soignant, êtes-vous toujours une profession qualifiée ou devez-vous être reconnu comme un professionnel confirmé ?

La stigmatisation socio-professionnelle : héritage et impasse

Fin des années 1950. Le monde hospitalier cherche à libérer les infirmières de tâches lourdes et répétitives, pour leur permettre d’accéder à de nouveaux horizons administratifs. On invente alors une hybridation sans précédent : on confie aux agents de service des missions autrefois dévolues aux infirmiers, tout en leur attribuant des attributions hôtelières. La greffe n’a jamais vraiment pris. Les uns se sentent dépossédés, les autres soulagés, mais le résultat se résume à une instabilité persistante, coincée entre deux mondes professionnels.

Ni tout à fait agent de service hospitalier, ni vraiment infirmier, la trajectoire de l’aide-soignant s’est bâtie sur cette frontière floue. Beaucoup témoignent encore d’un sentiment de légitimité fragile, d’un manque de reconnaissance et d’une difficulté à voir leur fonction pleinement valorisée. Soixante-dix ans après la création du métier, la communauté des aides-soignants évolue toujours dans cette zone grise, sans identité professionnelle affirmée. La catégorie C de la fonction publique hospitalière, qui classait jusqu’à récemment l’aide-soignant parmi les travailleurs qualifiés des services hospitaliers, n’a guère aidé à clarifier la situation.

Un métier spécialisé ou une profession à part entière ?

Parler des catégories de la fonction publique hospitalière, c’est mettre en lumière l’évolution de la place de l’aide-soignant dans l’organisation des soins. Aujourd’hui, l’aide-soignant appartient à la catégorie C, réservée aux fonctions exécutives : des métiers souvent accessibles sans diplôme ou via une formation de niveau 3, des postes techniques, exigeant un savoir-faire spécifique. Considérer ce métier comme purement manuel revient à nier la montée en puissance de sa polyvalence et à le figer dans une vision d’un autre temps.

La montée prochaine vers la catégorie B, envisagée lors du Ségur de la santé, change la donne. Elle invite à regarder l’aide-soignant autrement : comme un véritable partenaire du parcours de soins. L’aide-soignant travaille main dans la main avec l’infirmière, sans être en position de subordination, et pratique l’art du « prendre soin » de façon très concrète.

Cette polyvalence se traduit par une expertise de terrain. Par exemple : l’aide-soignant est souvent le premier à repérer un changement inquiétant chez un patient. Il doit alors mobiliser ses connaissances acquises en formation et sur le terrain, faire le lien entre les signes cliniques observés, et transmettre l’information à l’infirmière, au médecin, voire aux services d’urgence, surtout à domicile.

Autre domaine : la prévention des escarres. Dans les services de gériatrie ou en EHPAD, l’aide-soignant joue un rôle clé pour surveiller l’état cutané des résidents et anticiper les risques, parfois même avant l’infirmière.

En chirurgie, notamment digestive ou orthopédique, l’aide-soignant intervient dans la mobilisation, l’alimentation post-opératoire, l’accompagnement du patient, toujours en lien avec l’équipe pluridisciplinaire. Dans les services de chirurgie ambulatoire ou conventionnelle, il est désormais intégré aux protocoles de Réhabilitation Améliorée Après Chirurgie (RAAC), participant activement à chaque étape du parcours du patient.

Beaucoup ignorent ces facettes du métier, parfois même parmi les soignants eux-mêmes. Ce manque de connaissance nourrit la stigmatisation. À force de ne regarder l’aide-soignant qu’à travers le prisme des « tâches ingrates », on oublie sa compétence, son expertise, et la dimension réflexive de son métier.

Le défi du développement professionnel

Mais qui dit évolution professionnelle dit aussi obstacles à franchir. Le principal écueil : le référentiel d’activités, hérité du mélange entre celui de l’infirmière et de l’agent de service hospitalier. Jusqu’à présent, ce compromis convenait à tous. Mais dès qu’il s’agit de renforcer l’identité professionnelle de l’aide-soignant, une question s’impose : comment reconnaître officiellement les actes réalisés au quotidien, parfois en dehors du cadre défini ? Comment ajouter de nouvelles compétences sans déposséder les autres professions ?

Le débat, parfois vif, autour de l’attribution de 27 nouveaux actes à l’aide-soignant d’ici 2021 en est la preuve : chaque profession défend son champ, parfois avec vigueur, mais l’enjeu fondamental n’est pas là. L’avenir de l’aide-soignant et de l’infirmier est lié. L’un ne progresse pas sans l’autre.

Demain, les infirmiers verront leur autonomie croître, notamment grâce à l’essor de la pratique avancée. Leurs missions s’étendront à la coordination des soins, à la gestion de projets, à la participation active aux politiques publiques de santé. Pour assumer ces nouvelles responsabilités, ils devront pouvoir compter sur l’expertise des aides-soignants, qui garderont la maîtrise des gestes historiques du soin au quotidien.

Il s’agit donc de repenser le rôle de chacun, dans une logique de coopération, et non de concurrence. L’aide-soignant doit pouvoir intervenir avec une vraie autonomie, dans son champ de compétences : techniques d’entretien, animation d’ateliers thérapeutiques, évaluation nutritionnelle, organisation du parcours de vie avec les travailleurs sociaux, etc.

Le rôle propre de l’aide-soignant pourrait également inclure la coordination et la gestion de parcours de soins, en lien avec l’infirmière coordinatrice ou les réseaux de santé. Mais attention : cette évolution ne doit pas se faire au détriment du métier d’infirmier. Il ne s’agit pas de déshabiller l’un pour habiller l’autre, mais de construire des ponts, de renforcer la complémentarité.

À court terme, dans une société vieillissante où les maladies chroniques progressent et où le maintien à domicile devient une priorité, la place de l’aide-soignant se trouve dans la valorisation de l’autonomie du patient. C’est dans ce champ que le métier a le plus à gagner, en inventant de nouveaux actes, en se positionnant comme un acteur de la réadaptation physique et psychologique, un professionnel de l’autonomisation, en synergie avec l’infirmière.

L’épreuve de la COVID-19 : révélateur des compétences

Parfois, il faut une crise pour mettre en lumière ce qui, d’ordinaire, reste dans l’ombre. L’expérience de la COVID-19 a montré toute la valeur et la réactivité des aides-soignants, engagés en première ligne aux côtés des autres professionnels de santé.

Pendant les périodes de confinement et de tension extrême, les aides-soignants ont prouvé leur capacité à innover sur le plan humain. Face à la distanciation sociale, ils ont créé du lien autrement : organisation de visioconférences, gestion du courrier, défis sur les réseaux sociaux, autant d’initiatives pour éviter l’isolement des résidents en EHPAD ou en institutions médico-sociales.

Plutôt que d’accroître la dépendance au numérique, ils ont favorisé l’autonomie des personnes accompagnées. Leur rôle dans la prévention des risques liés à l’isolement, mais aussi dans la transmission de la dignité et du respect, a été déterminant.

Sur le plan clinique, la crise sanitaire a obligé les aides-soignants à se former en un temps record. Compréhension des symptômes de la COVID-19, gestes de réanimation, protocoles d’urgence : ils ont assimilé de nouvelles compétences pour pouvoir répondre efficacement, parfois seuls, au chevet du patient isolé.

Cette capacité d’auto-apprentissage, ce sens de l’initiative, les ont placés en véritables « lanceurs d’alerte » auprès du binôme infirmier. Au fil des semaines, la confiance au sein de l’équipe s’est renforcée. L’aide-soignant n’était plus seulement un exécutant, mais un partenaire, une force de proposition, un maillon-clé de la prise en charge.

Face à la pandémie, l’aide-soignant a gagné en visibilité, en légitimité, en fierté. Il a prouvé que, dans le système de santé français, il occupe une place stratégique, au plus près du patient, capable d’allier expertise technique, sens du relationnel et capacité d’adaptation hors normes.

Les enseignements de cette période, et ils sont nombreux, ne doivent pas s’effacer comme s’effacent parfois les promesses officielles. Si l’on veut reconstruire un modèle de santé solide, il faudra s’appuyer sur la connaissance fine que les aides-soignants ont du terrain, sur leur capacité à déceler les besoins réels des patients, à relayer les signaux faibles, à bâtir le socle du diagnostic infirmier.

Oublier ce qu’ils ont montré pendant la crise, ce serait comme défaire chaque nuit le fil d’une tapisserie patiemment tissée le jour. Demain, le soin « à la française » ne se dessinera qu’en associant pleinement les aides-soignants à l’œuvre collective. Non plus simples exécutants, mais artisans d’un tissu professionnel renouvelé, solides et conscients de leur force, prêts à bâtir la santé de demain.

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