Aujourd’hui, j’ai décidé d’interviewer Karine Burns, une de mes amies qui vient d’ouvrir une école Montessori (en 2017) à Châtenay-Malabry, en région parisienne. J’ai rencontré Karine lors de ma deuxième formation à l’Institut Maria Montessori de Paris et j’ai tout de suite été très enthousiasmée par son projet. J’ai suivi Karine jusqu’à l’ouverture de l’école en septembre et maintenant que la pression de la rentrée s’est calmée, elle a eu la gentillesse de répondre à quelques questions.
Je vais d’abord vous rappeler ce qui rend une école Montessori si spéciale.
Difficile de confondre une école Montessori avec une école classique. Ici, l’enfant avance sans pression, trace sa route à son rythme, sans être sommé de suivre celui des autres. L’adulte n’est pas là pour imposer, il propose, ajuste, s’efface. L’éducateur présente un matériel avec patience, puis laisse l’enfant s’en saisir à sa guise : expérimenter, recommencer, laisser de côté… tout devient possible à l’intérieur d’un cadre pensé pour inviter à la découverte. Ce n’est pas la contrainte qui prime, mais une autonomie qui se construit dans la confiance.
Dans les classes Montessori, les groupes d’âges se mélangent. La communauté des petits accueille les 2-3 ans, puis vient le foyer pour les 3-4 ans, ensuite les ambiances 6-9 ans et enfin 9-12 pour les plus grands. Le moindre meuble est pensé pour l’enfant, rien d’inutile ni superflu, tout est à hauteur et accessible. Les activités sont choisies librement, le matériel reste à disposition dès qu’il a été présenté : une approche fidèle à l’esprit de Maria Montessori, jusqu’au nombre d’exemplaires, un seul par matériel, par classe.
Et maintenant, je donne la parole à Karine
Peux-tu te présenter rapidement ?
Je m’appelle Karine, j’ai 38 ans. Plusieurs années passées dans la finance d’entreprise, à Paris mais aussi à l’international. Mon parcours scolaire ? Classique, autant à l’école qu’à la maison.
Quand et pourquoi avez-vous décidé d’ouvrir une école Montessori ?
Ce projet est au départ une démarche très personnelle : je cherchais une bonne école pour ma fille de trois ans. Comme son père est anglais, offrir le bilinguisme me paraissait essentiel. Au début, la pédagogie Montessori n’était pas très claire dans mon esprit. C’est ma belle-mère anglaise qui m’a fait découvrir ce modèle. Dans notre région, aucune école de ce type. Tout a basculé le jour où j’ai visité l’école Montessori de Sèvres. C’est là que j’ai eu le déclic.
Combien de temps vous a-t-il fallu pour mettre en place votre projet ?
Un peu moins d’un an du tout début jusqu’à l’ouverture. J’ai assisté au séminaire des créateurs d’écoles organisé par la FEM21 en septembre 2016. Pendant toute cette année, Simone Hammer, présidente de la FEM21, m’a accompagnée pas à pas. Ce soutien continu m’a donné l’élan nécessaire pour surmonter chaque barrière et concrétiser ce projet.
Votre école a une particularité, elle fait partie de la fédération Montessori 21. Pouvez-vous nous en dire plus à ce sujet ?
Les écoles Montessori 21 revendiquent une pédagogie ouverte et accessible. Beaucoup d’écoles Montessori classiques en région parisienne pratiquent des tarifs qui atteignent parfois 650 euros mensuels, réservant ce type d’éducation à un public restreint. Pourtant, Maria Montessori avait commencé son œuvre auprès d’enfants issus de milieux modestes. Aujourd’hui, nous faisons le choix de replacer la mixité sociale au cœur de l’école. Que chaque enfant, peu importe ses origines, ait accès à un enseignement exigeant, voilà notre priorité.
Les tarifs s’ajustent en fonction du quotient familial, chacun participe proportionnellement à ses ressources. Et nous avons instauré la coéducation : chaque parent s’implique deux heures par semaine, par exemple sur le temps du déjeuner ou lors de la garderie, pour s’investir dans le quotidien de l’école. Ce fonctionnement favorise une véritable cohérence famille/école et permet aux enfants de voir que leurs parents jouent un rôle concret dans leur vie scolaire.
Par ailleurs, chaque famille verse 30 euros par mois dans un fonds dédié à la solidarité. Cette enveloppe permet d’aider des parents qui démarrent l’année avec un budget serré ou rencontrent un imprévu, afin qu’aucun enfant ne soit exclu pour une question d’argent.
Combien de classes et d’enfants y a-t-il dans votre école ? Quel âge ont-ils ?
L’école se compose aujourd’hui de deux ambiances, pour les enfants de 3 à 6 ans. À l’heure actuelle, une trentaine d’enfants âgés de 3 ou 4 ans se répartissent dans ces groupes. L’objectif est de faire évoluer l’école en même temps que les enfants, pour installer progressivement la diversité d’âges et la pédagogie Montessori dans les meilleures conditions.
Quelles sont les conditions et les prix pour l’inscription de votre enfant dans cette école ?
Ici, chaque famille fait partie intégrante du projet. Les parents s’engagent à donner deux heures de leur temps chaque semaine, sans exception selon le revenu. Nous prenons soin de rencontrer chaque famille, afin de cerner leurs attentes et de vérifier que leur démarche s’accorde au projet de l’école. Les tarifs sont fixés en fonction de la situation, de 90 à 950 euros mensuels par enfant.
Quels ont été vos critères pour choisir les éducateurs avec lesquels vous travaillez ?
Nous avons reçu plus de soixante candidatures. D’abord, des entretiens collectifs avec la FEM21 et les directeurs d’autres écoles du réseau, puis des entretiens individuels pour savoir si l’état d’esprit des candidats correspondait au projet. Chaque groupe accueille deux éducateurs : un qui parle français, l’autre anglais. Nous tenions aussi à ce que ce soit un vrai choix commun, car la qualité de leur coopération, comme dans un duo parental, est le socle de la dynamique de la classe.
J’entends beaucoup de parents se plaindre du prix d’inscription pour les écoles Montessori. Pouvez-vous nous expliquer pourquoi cette méthode de scolarisation est coûteuse ?
C’est assez clair : la pédagogie Montessori n’étant pas reconnue par l’Éducation nationale, notre établissement relève du secteur privé hors contrat. Cela exclut toute subvention publique. L’ensemble des dépenses, salaires du personnel, achat de matériel, loyers, frais quotidiens, repose sur les seules cotisations des familles.
Y a-t-il autre chose que vous aimeriez dire que je n’ai pas pensé à demander ?
Il est judicieux de rappeler aux familles de vérifier certains éléments avant d’inscrire leur enfant dans une école Montessori. Des écoles se revendiquent de cette pédagogie sans en appliquer les grands principes. Pour s’assurer de la cohérence du projet pédagogique, voici une série de questions qui peuvent guider l’entretien avec le responsable de l’établissement :
- Le personnel éducatif est-il diplômé de l’Association Montessori Internationale (AMI) ?
- Le matériel Montessori proposé est-il complet ?
- Observe-t-on une réelle mixité d’âges dans chaque groupe ?
- Comment se structure une journée ordinaire ?
- Les enfants bénéficient-ils d’un temps de travail ininterrompu de 2h30 minimum ?
Enfin, j’aimerais que vous nous disiez comment s’est passée cette première rentrée ?
Un mot : fantastique. L’énergie des enfants, impossible à décrire ! Commencer la matinée entourée de sourires, d’attentions, de gestes d’affection… c’est inestimable. Dès la rentrée, la mairie de Châtenay-Malabry a soutenu l’initiative, et les parents se sont investis sans attendre, chacun apportant son idée pour faire vivre et évoluer l’école.
Merci, Karine, pour ta confiance et la précision de tes réponses. Ces échanges donneront peut-être à certains l’envie de creuser la pédagogie Montessori, voire de franchir eux aussi le pas d’une reconversion. Des points d’ombre ? Laissez-les en commentaire, je répondrai. Et surtout, gardez en tête : chaque parent façonne des souvenirs pour demain. À tout moment, l’enfance invente ses propres chemins, il suffit parfois juste de lui ouvrir la porte.


