Ce qui motive Hilal à accompagner des personnes dépendantes

Je cherchais un emploi depuis plus d’un an. Lors d’un stage, on m’a parlé du service civique auprès des personnes âgées. J’y suis allé ! Cela fait maintenant deux ans que je travaille avec eux : je fais des visites de convivialité à domicile et dans un EHPAD (établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes). Et cela m’a beaucoup appris !

À Autun, la solitude gagne du terrain au fil des années. Les enfants des personnes âgées que je rencontre vivent parfois à des centaines de kilomètres, pris dans le tourbillon de leur propre existence. Autrefois, la ville battait au rythme des usines : Neyrat, Lavot, Idéale Standard, Les Télots… autant de noms qui résonnent encore dans la mémoire collective. Mais leurs portes se sont refermées, et avec elles, un pan d’activité s’est éteint. Beaucoup de jeunes ont dû partir chercher du travail ailleurs, laissant derrière eux des parents qui, peu à peu, voient le quotidien se refermer autour d’eux.

Face à cette réalité, mes visites prennent tout leur sens. Pendant une heure, nous échangeons, nous partageons des jeux de société, petits chevaux, Scrabble (je découvre de nouveaux mots à chaque partie), coloriages, origami, ou tout simplement une promenade tranquille. Actuellement, j’accompagne 43 personnes, que je retrouve tous les quinze jours. Le jour venu, certains se préparent longtemps à l’avance, attendent ce moment avec impatience. Ce sont des retrouvailles, et surtout, un vrai échange. Chacun ressort de ces rencontres avec quelque chose en plus.

C’est comme des livres d’histoire !

Je me souviens d’une visite à Mme X, résidente d’une maison de retraite à Autun. Elle évoque la guerre, les tickets de rationnement, la pénurie qui pesait sur le quotidien. Ces histoires appartiennent à un autre temps, mais elles restent proches, presque palpables. Elle me raconte aussi ses voyages, surtout en Turquie, un clin d’œil à mes propres racines. Elle me montre des photos, partage ses souvenirs de lieux où je n’ai jamais posé le pied. À l’écouter, l’envie me prend de découvrir moi aussi ces endroits, de saisir l’opportunité de voyager en Turquie chaque année avec ma famille. À travers leurs récits, j’accède à une mémoire vivante, bien plus marquante qu’un manuel d’histoire.

Et l’expérience s’enrichit dans les deux sens. Par exemple, Mme R., qui vit à Saint-Andoche, vient de s’offrir un smartphone dernier cri. Elle m’interroge sur son fonctionnement, et ensemble, on explore ce nouvel univers. Elle rêvait d’un jeu de Tarot : je lui ai montré comment le télécharger et l’utiliser. Voir des personnes âgées s’intéresser aux technologies, c’est inspirant. D’autres, à l’inverse, préfèrent garder leurs distances. Pour eux, l’ordinateur reste un objet étrange, « tout Internet » les laisse de marbre. Chacun son rapport au monde moderne.

Nous sortons de chez eux aussi !

Dans ma vie personnelle, je reste surtout auprès de ma famille, rarement en vadrouille. Pourtant, grâce à mon métier, j’explore la communauté de communes, je découvre des quartiers et des villages où je n’avais jamais mis les pieds. Parfois même au-delà.

Chaque année, les centres sociaux d’Autun organisent un séjour pour les personnes âgées, une vraie bouffée d’air. Cette année, le CIAS (Centre intercommunal d’action sociale) a emmené un groupe à La Baule, pour une semaine en mai. Avec mes collègues, nous avons accompagné 31 personnes, chacune ayant besoin d’une aide particulière pour se déplacer. Ma binôme ne sort plus seule depuis longtemps. Elle avait déjà connu La Baule avec son mari, elle y a retrouvé des connaissances, renoué des liens le temps d’une visite.

De mon côté, c’était une première : je n’avais jamais vu l’océan. Découvrir la marée, sentir le vent, marcher sur une plage immense, admirer ces maisons élégantes… J’ai retiré mes chaussures, posé mes pieds dans l’eau, pris le temps de savourer ce moment inattendu. Ces expériences, je les dois à mon engagement auprès des personnes âgées.

Chaque rencontre, chaque sortie, chaque histoire entendue élargit mes horizons. Aujourd’hui, l’envie de voyager me titille, nourrie par les récits et les confidences de ceux que j’accompagne. Le monde s’ouvre un peu plus à chaque visite, comme un livre dont les pages se tournent ensemble.

Hilal, 22 ans, employée, Autun

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