Deux retraités vivant sous le même toit, déclarant leurs revenus ensemble, et pourtant un seul voit sa pension nette diminuer en février 2026. L’explication ne tient pas à un bug de la caisse de retraite. Elle se trouve dans le croisement de plusieurs paramètres fiscaux et de prélèvements qui agissent différemment selon la pension de chacun.
Pension brute identique, prélèvements différents : les paramètres qui créent l’écart
La revalorisation des retraites de base a bien eu lieu en janvier 2026, avec une hausse annoncée. Mais le montant net versé en février dépend de ce qu’on retire de cette pension brute : CSG, CRDS, cotisation d’assurance maladie (Casa). Ces prélèvements ne s’appliquent pas de façon uniforme.
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Le taux de CSG appliqué à chaque retraité dépend du revenu fiscal de référence (RFR) du foyer, mais aussi de seuils individuels croisés avec le nombre de parts fiscales. Deux conjoints n’ont pas forcément le même taux de CSG sur leurs pensions respectives si leurs revenus propres les placent dans des tranches distinctes.
| Paramètre | Conjoint A (pension en baisse) | Conjoint B (pension stable) |
|---|---|---|
| Pension brute | Revalorisée (hausse identique) | Revalorisée (hausse identique) |
| Taux de CSG applicable | Passage à un taux supérieur | Taux inchangé |
| Effet net sur la pension | La hausse de CSG absorbe la revalorisation | La revalorisation se traduit par un gain net |
| Régime complémentaire | Prélèvements recalculés | Prélèvements stables |
Ce tableau résume le mécanisme central. La revalorisation brute est la même pour tous, mais le changement de taux de CSG, appliqué à un seul des deux conjoints, peut non seulement annuler la hausse mais produire une baisse nette.
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Taux de CSG et seuils de RFR : pourquoi un seul conjoint change de tranche
Les taux de CSG sur les pensions de retraite se répartissent en quatre niveaux : exonération totale, taux réduit, taux médian et taux normal. Le passage d’un taux à l’autre dépend du RFR figurant sur l’avis d’imposition de l’année précédente.
Le piège vient de la mécanique suivante. Le RFR du foyer peut augmenter pour des raisons qui n’ont rien à voir avec la pension : un rachat partiel d’assurance-vie, une plus-value sur un placement, des revenus fonciers ponctuels. Cette hausse du RFR fait franchir un seuil, et le nouveau taux de CSG s’applique à partir de janvier de l’année suivante.
Mais ce taux ne frappe pas le foyer de façon globale. Il s’applique à chaque pension individuellement. Si votre conjoint perçoit une pension d’un montant différent ou relève d’un autre régime (complémentaire Agirc-Arrco, régime de la fonction publique), le calcul des prélèvements peut donner un résultat très différent sur sa fiche de paiement.
- Un revenu du capital déclaré par un seul conjoint peut suffire à faire basculer le taux de CSG sur sa pension, sans affecter celle de l’autre.
- Les pensions de base et les complémentaires appliquent les prélèvements sociaux selon des règles distinctes, ce qui amplifie ou atténue l’écart selon le régime.
- Le franchissement de seuil fonctionne aussi à la baisse : un conjoint peut repasser à un taux réduit l’année suivante si le RFR diminue.
Régularisation et calendrier de versement : la fausse baisse de février
Avant de conclure à une baisse durable, vérifiez un point souvent négligé. Février est le mois où les caisses appliquent les nouveaux taux de prélèvements calculés sur la base du dernier avis d’imposition disponible. Il arrive que la pension de janvier ait été versée avec l’ancien taux, et que février intègre une régularisation rétroactive.
Cette régularisation peut se traduire par un prélèvement ponctuel plus élevé sur une seule mensualité. Le conjoint dont le taux n’a pas changé ne subit aucune régularisation, d’où l’impression que sa pension n’a pas bougé alors que la vôtre a chuté.
Un autre facteur de confusion tient au calendrier de paiement décalé entre les caisses. La Carsat (régime général) et l’Agirc-Arrco ne versent pas les pensions à la même date. Si vous consultez votre compte bancaire à un moment où un versement n’est pas encore crédité, l’écart apparent entre les deux pensions du foyer peut être trompeur.
Comment vérifier la source exacte de la baisse
Consultez le détail du paiement sur votre espace personnel (Carsat, Agirc-Arrco ou autre caisse). La ligne « montant brut » vous indique si la revalorisation a bien été appliquée. Les lignes « CSG », « CRDS » et « Casa » montrent les prélèvements effectifs. Comparez avec le relevé de décembre ou janvier pour isoler le changement.
Si le brut a augmenté mais le net a diminué, le responsable est le changement de taux de prélèvements. Si le brut lui-même est inférieur à ce que vous attendiez, contactez votre caisse : il peut s’agir d’une erreur ou d’un recalcul lié à un autre élément (pension de réversion, cumul emploi-retraite).

Prélèvements sociaux sur les retraites : base, complémentaire et revenus du capital
Les prélèvements sociaux ne s’appliquent pas de la même façon selon la nature du revenu de retraite. La pension de base (versée par la Carsat ou la MSA, par exemple) et la pension complémentaire (Agirc-Arrco, Ircantec) subissent toutes les deux la CSG, la CRDS et la Casa. Mais les montants diffèrent parce que les assiettes ne sont pas identiques.
Un couple où l’un perçoit principalement une pension de base modeste et l’autre une complémentaire élevée ne sera pas affecté de la même manière par un changement de taux. La complémentaire Agirc-Arrco représente souvent une part significative de la pension totale chez les anciens cadres du privé, ce qui amplifie l’impact d’un relèvement de CSG.
Les revenus du capital (intérêts, dividendes, plus-values) déclarés par un seul conjoint gonflent le RFR du foyer. Ce RFR plus élevé peut déclencher un changement de taux de CSG applicable aux pensions des deux conjoints, mais l’effet net diffère selon le montant de chaque pension. Le conjoint dont la pension est plus élevée voit un prélèvement supplémentaire plus lourd en valeur absolue.
La différence de traitement entre deux conjoints sur un même avis d’imposition n’est donc pas une anomalie. Elle reflète la superposition de règles fiscales qui agissent à plusieurs niveaux : le RFR commun détermine le taux, mais c’est la pension individuelle qui détermine le montant prélevé. Cette mécanique rend chaque situation de couple unique, et explique pourquoi une réponse générale (« les retraites ont été revalorisées ») ne correspond pas toujours à ce que vous constatez sur votre relevé bancaire.

